Donations étrangères : et si on parlait d’argent…

Mise à jour du 12 janvier 2014

En 1976, l’Etat indien a mis en place pour les ONG un contrôle des fonds en provenance de l’étranger, le "Foreign Contribution Regulation Act" (FCRA), afin d’éviter les excès de « the influence of the foreign hand » sur la politique et les projets publics indiens. Chaque année, le Ministère des affaires intérieures indien publie la liste des ONG présentes dans le pays. Pour celles qui dépassent dix millions de roupies de chiffre d’affaires en provenance de l’étranger, il publie aussi le nom des donateurs et le montant de leurs "foreign contributions", ainsi que le montant total des dépenses effectuées par l’ONG (voir http://mha1.nic.in/fcra.htm).

En ce qui concerne le Sahaj marg de Chari, SMSF, SRCM, LMES et BVET indiennes sont dûment enregistrées (Numéros RCN respectifs : TN 075900957R, UP 136700005R, TN 075901050R et TN 075901033R). SMSF et SRCM dépassent allègrement le seuil fixé, leurs comptes sont accessibles pour les années 2006 à 2012. La LMES apparaît en 2006, 2008, 2009 et 2012. La BVET n’atteint pas ce seuil durant cette période…

Rappelons pour mémoire et une meilleure compréhension que l’école de Chari (Lalaji memorial omega international school ou LMOIS) est pilotée et financée par 2 sociétés : la LMES (Lalaji memorial educational society) et la BVET (Baal vatika educational trust).

"Foreign contributions"
Selon le FCRA, les donations en provenance de l’étranger (Foreign contributions, tous pays hors Inde) aux SRCM et SMSF indiennes réunies, cumulées sur 7 ans (1/04/2006 au 31/03/2013), atteignent plus de 31 millions de dollars. Le montant du capital d’origine étrangère de ces 2 organisations a presque été multiplié par 3, passant de près de 19 millions à plus de 53 millions de dollars sur la même période. Le montant des intérêts cumulés acquis dépasse 18 millions, soit 58% du montant des donations et 34% du capital actuel. Les dépenses cumulées sont inférieures à 16 millions.

Le "corpus fund" de la Mission mis en place par Chari a largement dépassé son objectif. Si les donations cessaient brutalement demain, le capital continuerait de croître, sans que Chari n’ait à rogner sur les dépenses. L’autonomie financière de la Mission de Chari et de ses successeurs est d’ores et déjà acquise ! Cela n’empêche pas Chari d’encourager les donations de ses membres aux fondations du Sahaj marg…

Qui finance la Mission ?
L’appétit financier de Chari est sans limites. Et cela remet en cause l’indépendance pourtant acquise de la Mission. En effet, 4 donateurs sont à l’origine de plus de la moitié des dons cumulés sur 7 ans, soit près de 17 millions de dollars. Chacun d’entre eux a donné plus de 2 millions de dollars à la Mission en 7 ans, tandis que le 5ème donateur par ordre d’importance a versé moins de 300 mille dollars.

Leur influence potentielle est énorme ! Chari est aux petits soins pour eux. On ne s’étonnera donc pas que l’un d’entre eux soit son successeur désigné, qu’un autre ait son propre cottage (à l’égal de Chari) dans l’enceinte même du Babuji memorial ashram…

Si l’on met à part ces 4 gros donateurs, les 15 millions restant proviennent à 38% de l’Amérique du nord, à 23% de l’Europe de l’ouest et à 8% de l’Asie (hors Inde). Les pays donateurs les plus importants sont les USA pour 36%, la France pour un peu plus de 8%, la Suisse pour presque 8% et les Emirats arabes unis pour 3%.

Le top 50 des plus gros donateurs (hors les 4 plus gros) a contribué pour plus de 2,5 millions de dollars, 35 d’entre eux sont d’origine indienne, dont 25 indo-américains. La plupart sont à la tête de start-up dans l’informatique hard ou software, ou bien dans la production de médicaments génériques. On retrouve bien là la nouvelle middle class indienne, une génération d’expatriés déracinés et tiraillés entre leurs origines et la modernité.

Mais alors, à qui donc appartient la Mission ?
Vous voulez la réponse ?

Numéro 1 : Ilya Mikhailovich Kazmaly a versé 10,3 millions de dollars en 7 ans, soit 33% des donations étrangères effectuées à la Mission et à sa fondation SMSF selon le FCRA, en son nom propre ou celui de sa femme et d’une société offshore baptisée Mentor Financial Ltd.

Russe d’origine gagaouze né le 7 avril 1962, Kazmaly a travaillé comme officier des services de renseignement soviétiques avant de co-fonder le groupe Sheriff en 1993, première entreprise de Moldavie. Elu au Soviet suprême de ce pays en 2005, il a longtemps été l’un des principaux appuis du président Smirnov. Pour en savoir plus, lire [De l’argent sale recyclé ?].

Numéro 2 : Madhava Reddy supporte les Républicains américains mais bien plus encore la SRCM. A titre personnel, au travers de la Lachimi Foundation ou via sa start-up HTC Global Services, il a versé 6,5 millions de dollars en 7 ans selon le FCRA, soit 21% des donations étrangères effectuées à la Mission et à sa fondation SMSF.

Cet expert-comptable est le PDG fondateur en 1992 de la Hi Tech Consultant Global Services Inc à Troy dans le Michigan (www.htcinc.com). D’après The Hindu Business Line en date du 8 mars 2012, cette société de solutions informatiques et technologiques emploie 4000 personnes et dégage un revenu d’environ 160 millions de dollars. Elle est aussi présente en Inde à Chennai et Hyderabad, en Australie, au Canada, en Malaisie, à Singapour et au Royaume-Uni. Deux de ses vice-présidents ont aussi versé 3 millions de roupies à eux deux sur la même période à la Mission et sa fondation. Accessoirement, Reddy est aussi membre du conseil de la Caraco Pharmaceutical Laboratories Ltd (www.caraco.com), une filiale du groupe SunPharma.
En 1999, Madhava Reddy a créé la Lachimi Foundation pour effectuer l’essentiel de ses dons à la Mission sans avoir à verser de taxes fiscales. Entre 1999 et 2011, les comptes de la Lachimi Foundation font apparaître des versements pour un montant total supérieur à 12 millions de dollars.

Chari a longuement résidé dans le cottage de ce précepteur du Sahaj marg et membre du Conseil d’administration de la SRCM aux USA, selon Echoes of India de novembre 2012.

Numéro 3 : Madhusudanarao Kothapalli a versé 2,5 millions de dollars sur la même période à la Mission et sa fondation selon le FCRA, soit 8% de la totalité des donations étrangères, à titre personnel ou via sa fondation.

Originaire d’Hyderabad dans l’Andrah Pradesh, cet émigré indo-américain est le cofondateur de CorePharma LLC en 1998 dans le New Jersey (www.corepharma.com). En 2005, il a revendu ses parts de la société à la RoundTable Healthcare Partners LLP, créé la Aravind Foundation, puis versé 5 millions de dollars via cette fondation : 1 million à la SRCM et un autre à la Baal vatika educational society (future LMES) en 2005, 3 millions de dollars à la SMSF en 2006… et à nouveau 28 000 dollars à la SRCM en 2009.

En 2011, Madhu Kothapalli a fondé une autre société de R&D en médicaments génériques chez lui à Hyderabad (www.Leiutis.com). Chari a l’habitude de s’inviter dans la résidence de ce précepteur lorsqu’il séjourne à Hyderabad.

Numéro 4 : Kamlesh Desaibhay Patel, vice-président successeur désigné de Chari, a versé 2,1 millions de dollars selon le FCRA à titre personnel ou via sa famille et son réseau de pharmacies, soit plus de 7% de la totalité des donations étrangères. Deux de ses collègues et amis pharmaciens de New York ont aussi versé à eux deux plus de 5 millions de roupies, mais je n’ai pas trouvé de preuves qu’ils travaillent pour lui… Pour en savoir plus, lire [Le pharmacien de Brooklyn].

L’argent de la Mission
Selon le FCRA de 2006 à 2012, en ne tenant compte que de l’argent en provenance de l’étranger, la Mission et sa fondation indiennes se partagent donc un chiffre d’affaires annuel moyen de plus de 7 millions de dollars et un capital de plus de 53 millions.

Quid de l’argent issu de la vente des publications et des cotisations des adhérents, quand on sait qu’il y a quelques années les donations ne représentaient pas plus du tiers des ressources de la Mission ?
Quid de la part indienne supplémentaire, quand on sait que le gros des effectifs de la Mission est indien ?
Quid des autres fondations en Suisse, aux Etats-Unis, à Dubaï ou Hong Kong ?
Quid des autres associations SRCM nationales ?

Liens
- La multinationale du Sahaj marg
- Chiffre d’affaires et patrimoine
- Les grands argentiers 2013 du $ahaj marg